18h08, voie 69

 

Il avait les mots, elle avait la tendresse.

Il était fort, elle était fragile.

Des mois qu’ils se tournaient autour sans s’être vus, sans s’être entendus.

Une p’tite photo, au mieux.

Des mots, toujours des mots, encore des mots…

Des mots faciles, des mots fragiles.

“Je veux des souvenirs avec toi. Des images avec toi. Des voyages avec toi”

“Quand je suis seule et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras”

Une déclaration.

 

Niais. Joli mais niais. Mais joli. (Oui bon. J’suis une romantique, le gnangnan, ça me plait)

 

Des mois.

Des mois qu’il rêvait de la prendre dans ses bras, de sentir sa peau sous ses doigts.

Il ne voyait qu’elle.

Des mois qu’elle attendait qu’il pose sa main sur son visage.

Elle ne pensait qu’à lui.

Des mois qu’ils attendaient cette étreinte.

Qu’ils imaginaient l’instant précis de leur rencontre.

Ces quelques secondes où les regards se croisent.

C’était beau, c’était chaud, c’était tentant.

 

Niais te dis-je.

C’est joli ce début d’histoire hein?!

Attends!

 

Cet après-midi là, ils avaient décidé de se retrouver autour d’un chocolat chaud.

Caramels, bonbons et chocolats.

 

Il n’était pas beau à voir…

Faut dire qu’il avait fait la bringue la veille! Ah ah! Dur!

Bouche pâteuse, regard livide, nausée…

« Formidable ce p’tit goût d’hier… J’aurais mieux fait de rester sous la couette. »

Il regrettait de n’avoir pas su refuser et de s’être laissé entraîner.

 

Elle était pimpante.  

Elle était allée voir son coiffeur, Nicolas. Toujours de bon conseil.

Elle avait tellement hâte!

“I’m singing in the rain, I’m singing in the rain 🎶”

Elle sautillait!

 

Elle va pas être déçue, crois-moi, hé hé.

 

Oui, la pluie s’était mise à tomber.

“Super…” ronchonnait-il.

“Ooohhh c’est trop romantiiiiique!” chantonnait-elle.

 

Tableau parfait. Idyllique.

Ça sentait bon le drame.

 

Ils n’étaient plus qu’à quelques minutes l’un de l’autre.

Le train arrive. Elle frissonne. Il avale sa salive. Elle essaie de ne rien laisser paraître. Il tente de rester digne.

La porte s’ouvre.

Elle l’attend.

Un quart de seconde. Il a suffit d’un quart de seconde pour que tout parte en vrille.

 

Lui, blanc comme un linge : *Wow, c’qu’elle est belle…*

Elle, rouge pivoine : *Woupitin, j’lui plais pas, ça se voit. Et merde…*

Lui, plus blanc que blanc : *Je vais pas être à la hauteur, merde!*

Elle, rose foncé : *Je savais, je savais, je savais!*

Lui, encore plus blanc que blanc (Vizir, pour les vieux) : *P’tin mec, bouge. Fais quelque chose!*

Elle, rose pâle : *Ok. Faut que j’parte d’ici, que je trouve une issue de secours!*

 

Bon. Là, j’aurais aimé que ça tourne au drame mais j’y arrive pas. Pipou une fois, pipou toujours. Pfff. Alors on va finaliser tout ça très vite.

 

Un “bonjour” timide… il a réussi à balbutier UN mot. Un putain de bonjour. VICTOIRE!

C’est à peine si elle l’a entendu MAIS elle l’a entendu.

Elle l’a regardé droit dans les yeux. Il s’est senti nu comme un ver.

Il lui a roulé une pelle. Elle a trouvé que ça avait un drôle de goût.

(il avait oublié ses chewing-gum)

Ils vivent sûrement heureux quelque part. On sait pas, on n’a plus eu de nouvelles. On suppose que toutébienkifinibien.

Voilà.


10 mots proposés par @JobiJob33923585 : Couette, après-midi, bringue, hier, nu, pluie, dur, main, peau, bouche

Titre en coopération avec @Labourde_ 

Merci Dalida, merci France Gall.

 

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