Suis-je un zèbre?

zèbre

Une tempête sous le crâne

 

Il y a quelques jours, avec les non/pas/plus Chougneurs, nous avons évoqué le fait que, quand même, on est (un tout petit) (peu) sensibles dans ce groupe.

On parlait de surdoué, de sensibilité, d’incompréhension… et là, Pam débarque avec son joli terme de HPE. Ouais.

Y en a ici qui devraient aller voir ce que le terme HPE veut dire…

Ben tiens… la curieuse que je suis n’a pas attendu plus de trois secondes.

Voyons voir…

 

Hewlett Packard Enterprise – France

Support, aide… ok… Oui bon, je suis pas super bien dans ma tête mais de là à m’envoyer sur le support HP… y a des limites Pam!

*roll roll roll*

 

Hôpital privé de l’Estuaire

Mm… nan, ça doit pas être ça.

*roll roll roll*

 

Hypersensibles?

Ah! J’aime bien ce mot!

*lit*

AH AH! Prends-toi cette petite bombe! Pourquoi ils parlent de moi là?

 

Pam a ensuite dit, l’air de rien… : Quand je reçois un patient qui souffre de ce qu’on appelle l’hypersensibilité, qui vient en général pour apprendre à gérer ses émotions, je lui conseille souvent d’aller regarder ce que signifie HPE. Je me trompe rarement 🙂

Surdouée? Non!

Dans les quelques articles que j’ai lus, ça cause surdoué… Alors non, je ne me sens pas surdouée, je me sens dérangée.

Dérangée par le fait d’être une éponge. De ne pas arriver à gérer mes émotions. Émotions que me traversent les tripes de haut en bas, de gauche à droite… en permanence. Il y a les miennes et celles des autres.

J’absorbe le bien-être comme le mal-être. Je peux passer du rire aux larmes en un quart de seconde, en fonction de la personne avec qui je suis. En fonction de ce que je vois, j’entends, je lis, je sens.

Je me sens dérangée par le fait de réfléchir à longueur de journée. On me dit toujours « Arrête de cogiter! », « A quoi tu penses encore? » « J’te vois, t’es encore en train de réfléchir.! »… Si seulement je pouvais m’arrêter! Une pensée en entraîne une autre qui en entraîne une autre qui…

C’est ainsi que je peux penser à un truc super agréable et, dans la minute d’après, en arriver à un sujet difficile. Encore une fois, passer du sourire aux rides du lion (et j’peux vous dire que chez moi, elles sont bien marquées celles-là)

Qu’en disent-ils?

H.P.E = Haut Potentiel Emotionnel

Le Haut Potentiel Intellectuel correspond à une intelligence émotionnelle particulière, très supérieure à celle des personnes de sa classe d’âge.

Le nombre de connexions neuronales serait plus élevé chez le surdoué H.P.E. Le cerveau serait, du coup, en état d’ébullition permanent. Une tempête sous le crâne.

Caractéristiques des H.P.E

  • L’hypersensibilité émotionnelle
  • La forte sensibilité sensorielle
  • Le perfectionnisme
  • L’empathie
  • La compréhension intuitive de certaines situations
  • La sensibilité à l’injustice
  • Le vécu de décalage avec autrui

Et selon Pam?

L’HPE a une manière particulière de ressentir. Il utilise tous ses sens mais BIEN PLUS que la norme.

Visuel : il voit PLUS. C’est à dire que par exemple il remarque quand un objet a été déplacé, tes nouvelles lunettes, ta nouvelle couleur de cheveux, etc, dans un tableau il va trouver le détail que presque personne n’a vu.

Auditif : il entend PLUS. Il entend les instruments dans une chanson, il est capable de les isoler, il est tellement sensible au « bruit » que ça peut l’empêcher d’être bien, par exemple si tu lui expliques un truc et qu’en même temps t’as un stylo 4 couleurs dont tu changes les couleur, le clic va le déstabiliser. Genre beaucoup. Il est pas loin d’avoir envie de tuer la moto qui vient de passer dans la rue parce que ça envahit toute sa tête.

Odeur : il sent PLUS. Il est capable de trouver facilement des souvenirs associés aux odeurs, par exemple.

Goût : il « goûte » PLUS. Il est capable d’apprécier les mille subtilités d’un plat complexe quand la majorité ne sentira qu’un ou deux arômes, il sait la différence entre « épicé » et « piquant » d’ailleurs en général, il aime que ce soit épicé, mais pas trop piquant par contre, parce que ça masque les autres goûts.

Toucher : il ressent les émotions dans le corps. Il est sensible à son propre ressenti mais n’est pas toujours capable de réaliser que parfois ce qu’il ressent c’est l »émotion de l’autre.

D’autres trucs encore Pam? (au point où en est…)

  • Les conversations banales l’emmerdent, il a besoin de nouveauté, ce qu’il sait déjà l’ennuie profondément (mais la plupart du temps il se force)
  • Il est très empathique et souvent capable de deviner la fin d’un raisonnement, d’une phrase, etc, il a déjà compris vite dans sa tête donc parfois il coupe la conversation pour aller direct au résultat ce qui fait que les gens autour de lui le prennent pour un médium ou pour un abruti (parce que « les gens » n’aiment pas qu’on ait raison avant eux).
  • Il a souvent raison avant les autres (genre dix ans avant, par exemple) mais il n’en tire aucune fierté, il préférerait avoir tort et être en lien plutôt que de savoir qu’il a raison à l’avance et, du coup, être exclu de la société qui, elle, n’a pas encore compris.
  • Il est souvent seul…
  • Il a infiniment besoin d’être compris.
  • Il ne supporte pas l’humiliation parce qu’il sait dans sa chair ce que c’est.
  • Il est « une éponge » et même souvent il ne sait pas que ses émotions ne sont pas à lui.
  • Il s’émerveille bien plus que les autres, il a gardé son âme d’enfant.
  • Etc hein ? Je pense que ça suffira 🙂

Hypersensibilité, empathie et réceptivité sensorielle exacerbées

Ce don peut toutefois se révéler bien encombrant lorsque le principal intéressé en ignore tout. Le sentiment d’être «à côté de la plaque» et incompris prend alors le pas. La dévalorisation de soi s’installe jusqu’à se muer en dépression pour certains.
La personnalité complexe des hauts potentiels fait qu’ils sont souvent confondus avec des personnalités borderline (état limite) ou bipolaires.

Je vais lister ci-dessous les caractéristiques principales d’une personne H.P.E. Est-ce que je vais me reconnaître dans tout ça? Et si oui, qu’est-ce que ça veut dire?

  • Hypersensibilité, extrêmement susceptible : hyper sensible, je le suis. Susceptible, aussi. Je peux démarrer au quart de tour si on me dit un truc qui me blesse.
  • Intensité : Ah ça…! Y a pas photo…
  • Hyperstimulabilité (niveau de réaction plus élevé aux stimuli, être « plus » tout: plus rapide, plus agité, plus attachant, plus exigeant, plus généreux, plus impatient,…) : Je suis rapide dans mon travail. Agitée? Bof. Attachante? Il parait… Exigeante? Oui. Souvent trop avec ma fille. Généreuse? Oui. Je fais des cadeaux à des inconnus, sans problème. Impatiente? Oui.
  • Hyperesthésie ou exacerbation des cinq sens (hyper-réactif aux stimuli sensoriels) : Je vois tout, j’entends tout, je retiens tout. Surtout ce qui me blesse.
  • Curiosité exceptionnelle : je suis très curieuse… sauf dans les moments de « bas ». Ma curiosité s’arrête souvent là où mon impatience fait son apparition.
  • Imagination débordante, grande créativité : J’ai beaucoup dessiné plus jeune. Pareil, l’impatience gâche beaucoup mon désir de créativité.
  • Grande capacité d’observation, note les plus petits détails : C’est insupportable… je ne supporte pas qu’un truc ne soit pas aligné. J’aligne tout.
  • Intérêts très variés, saute facilement d’un domaine à l’autre : je pensais que c’était de l’impatience?
  • Peut faire plusieurs choses en même temps (suivre deux conversations en parallèle, parler et écrire, rêver et pourtant écouter,…) : j’ai 4 oreilles et environ 300 yeux. J’aimerais avoir 24 mains.
  • Recherche la compagnie de personnes plus âgées : c’était le cas quand j’étais plus jeune.
  • Capacité d’attention, persévérance: forte si l’intérêt y est; faible, voire nulle, sinon : j’étais passionnée par certains cours et complètement à l’ouest dans d’autres… ce qui m’a valu de louper quelques années…
  • Grand sens de l’humour (et humour très particulier, souvent incompris) : no comment… je suis drôle, point.
  • Rapidement frustré s’il ne trouve pas les personnes ou les ressources pour réaliser ses grandes idées : c’est pas de l’impatience alors?
  • Grand sens de la justice, de l’équité, moralité. Intolérance à l’injustice, pour lui et pour les autres : je ne supporte pas l’injustice. Envers moi ou envers les autres. Je peux vraiment m’énerver quand c’est la cas et me mettre dans des états pas possibles…
  • Respect des règles bien comprises (« logiques »), mais tendance à questionner l’autorité non fondée : je suis très respectueuse des règles… par contre, si je pense qu’un truc est mal réfléchi… j’peux vraiment le dire haut et fort et faire ce qu’il faut pour me faire entendre/comprendre.
  • Idéalisme, altruisme, compassion : j’aimerais vivre dans un monde idéal… j’ai une certaine idée de ce que j’aimerais. On me dit souvent que je devrais faire preuve de moins de compassion, que ça me bouffe.
  • Grande capacité de raisonnement/résolution de problèmes : j’adore qu’on me mette au défi. Au boulot, je cherche ça et les occasions sont rares… ce qui explique ma profonde frustration dans mon job. Je suis force de proposition, on m’écoute, on me dit que mes idées sont bonnes… et on me dit « Y pas plus de sous à l’hôpital tu sais… ». Ca me rend dingue parce que quand je propose un truc, c’est déjà abouti dans ma tête. Je ne propose jamais des trucs en l’air. J’suis une détective en herbe, j’adore enquêter, chercher…
  • Rapidité d’apprentissage : quand le sujet m’intéresse oui… sinon, je ne retiens rien.
  • Méthode d’apprentissage particulière, surtout en math et en lecture : je ne sais pas… Les maths, ça rentrait tout seul et je n’ai jamais eu de problème en français. Mes bêtes noires étaient les matières « par coeur », histoire et géo… (Je les considérais comme des matières « par coeur » parce que je n’y voyais aucun intérêt)
  • A lu très jeune et avidement : là, non. Je lisais beaucoup de BD jusqu’à 12 ans… j’ai commencé à lire des bouquins à cet âge-là mais j’ai lu beaucoup par la suite.
  • Excellente mémoire : encore une fois… ça dépend dans quel domaine…
  • Bon en chiffres, puzzles : les puzzles ça m’énerve… les chiffres, j’aime assez!
  • Perfectionnisme, doublé d’une extrême lucidité, qui entraînent parfois le doute, la peur de l’échec : Aaaahhh, nous y voilà… Là, c’est tout moi.

 

J’y ajouterais un besoin extrême de reconnaissance? Je suis capable de faire tellement de choses pour me sentir appréciée… parfois, je me sens ridicule.

Ai-je compris que c’est un don?

Non… je vis tout ça plutôt mal. Je ne gère absolument pas mes émotions.

Ma tête est remplie de questions en permanence. Je réfléchis à longueur de journée…

Dans les périodes où ma vie est plutôt sereine… je ne dois faire face qu’aux émotions des autres, celles que j’absorbe. J’y arrive plutôt pas mal. J’ai l’impression d’être utile.

Dans les moments plus compliqués, comme actuellement, je fais face celles des autres et aux miennes. Et là, mes épaules ne résistent pas. Souvent, je me sens comme au bord d’un gouffre. Quand je suis dans cet état, le moindre faux pas, la moindre indélicatesse peuvent me terrasser.

Cette sensibilité est difficile à vivre…

J’ai l’impression d’être H.P.E. que faire?

Pam prend le relais pour nous en dire plus ci-dessous…

Quelqu’un qui est HPE comprend assez vite qu’il n’est pas comme les autres, qu’il n’apprend pas pareil, par exemple, ou qu’il est TROP (en fait non mais passons) sensible par rapport à la norme qu’il voit autour de lui. Et là, c’est le drame, souvent. Vraiment. Parce que plutôt que d’assumer qui il est, il va chercher à mettre des masques pour avoir l’air comme les autres (il veut être aimé et accepté de la société, ça peut se comprendre, vraiment).

Alors il va se brider, il va se cacher, il va enfouir qui il est vraiment. Et ça va marcher de l’extérieur, il va donner l’illusion qu’il est comme les autres. Mais au fond de lui il sait qu’il est différent… D’où crise de la quarantaine, dépression, etc ‘c’est un peu caricatural pardon, en gros, y’a un moment où ça pète forcément, c’est obligé.

Que faire quand on réalise qu’on est probablement HPE ?

Dans l’idéal, rien. 🙂

Je le redis, c’est un don, et c’est une bonne nouvelle.

Dans la pratique, malheureusement, la plupart des gens le vit comme une sorte de mauvais sort.

Pour sortir de cette manière de se regarder (sérieusement, se reconnaître comme la victime du sort ça n’est pas une manière positive de se regarder, de vous reconnaître en tant qu’individu unique et génial que vous êtes, vous pouvez mieux faire, promis), plusieurs possibilités :

Aller voir un psychiatre. Très probablement, il vous donnera des médicaments. C’est super pour gérer la crise, super s’il y a une urgence vitale. Vraiment. Au-delà de quelques mois, ce n’est pas forcément une bonne idée. L’essentiel des antidépresseurs et anxiolytiques agissent de manière à émousser les émotions douloureuses. Or, priver un HPE de ses émotions (négatives mais aussi positives) c’est le priver de son intelligence. Selon moi, la meilleure manière de sortir de la souffrance, sur le long terme, ça n’est pas de réduire ses émotions.

  • Aller voir un bon thérapeute pour apprendre à se comprendre.
  • Accepter ses émotions, ne plus chercher à les fuir et/ou à les enfouir.
  • Apprendre l’autohypnose, la pensée positive, essentiellement et pour résumer : s’attacher à ce qui est beau et bon, changer sa manière de penser, changer sa manière de voir le monde, changer ses croyances.

Pour conclure : être HPE, ou, tout simplement, être très sensible, c’est un don. On peut le vivre de manière passive, comme si c’était un fardeau, comme si l’on était une victime.

On peut également apprendre à en profiter. Oui, c’est un apprentissage, ça demande du temps, de la patience, ça n’est jamais gagné, c’est souvent à refaire mais ça vaut le coup de se sentir vivant, non ?

Si.

 

 

Alors, j’le suis ou j’le suis pas?


Sources

http://www.bilan-psychologique.com/hpe

https://lesbrindherbes.org/2015/02/22/hypersensibles/

2 réflexions au sujet de « Suis-je un zèbre? »

  1. Définitivement, je le suis. Toutes ces caractéristiques (t-o-u-t-e-s), c’est moi. Je sais à peu près me gérer parce que j’ai très tôt eu conscience d’être *trop* empathe, *trop* sensible et ces dernières années, mon intolérance à l’injustice m’a causé quelques problèmes… Bel euphémisme.
    Je pense aussi que mon stress permanent vient des émotions des gens qui m’entourent et en ce moment, ça bouillonne et ça m’épuise. Mais bon, je sais à peu près me gérer, même si en ce moment, c’est dur.
    Ce qui m’angoisse, c’est que lire cette suite de caractéristique fait que j’y reconnais aussi nettement mes enfants… et qu’être comme ça ne me donne pas les clés pour faciliter le fait qu’ils vivent bien avec cette partie de leur personnalité.

    1. Merci d’être passée.
      Effectivement, je me pose aussi des question par rapport à ma fille depuis que j’ai lu tous ces articles et qu’on m’a un peu ouvert les yeux sur ce que je pourrais être (?). Depuis qu’elle est toute petite, je dis que c’est une enfant sensible. Parfois, elle m’inquiète. Elle prends certaines choses tellement à coeur du haut de ses 6 ans… Il faut que je m’attarde sur cette question.

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